Érythrocytose et polyglobulie — Questions fréquentes (FAQ)
1) Que couvre cet algorithme ?
L’algorithme guide l’approche diagnostique des patients présentant une hémoglobine/un hématocrite élevés, depuis la confirmation de la persistance et l’exclusion d’une polyglobulie relative — hémoconcentration, jusqu’à la différenciation entre érythrocytose primaire — par exemple polyglobulie de Vaquez — et érythrocytose secondaire — hypoxie chronique/intermittente, production inappropriée d’EPO, médicaments. Il intègre les principaux tests décisionnels, notamment l’érythropoïétine sérique et JAK2, et définit quand orienter vers l’Hématologie.
2) Quelle est la différence entre « polyglobulie » et « érythrocytose » ?
L’érythrocytose décrit l’augmentation de la masse érythrocytaire — ou, en pratique, une Hb/Ht persistante au-dessus des valeurs attendues. Le terme polyglobulie est souvent utilisé de manière générique, mais devrait, si possible, être réservé à des entités spécifiques comme la polyglobulie de Vaquez — néoplasie myéloproliférative. L’algorithme utilise la logique clinique d’« érythrocytose » jusqu’à l’existence d’arguments en faveur d’une cause primaire — par exemple JAK2 positif et critères compatibles.
3) Pourquoi est-il essentiel de confirmer la persistance avant d’investiguer ?
Un seul hémogramme peut refléter une variation biologique, une hémoconcentration transitoire ou des facteurs intercurrents — fièvre, diarrhée, faible apport hydrique. La confirmation par ≥2 hémogrammes à des moments différents réduit les faux positifs et évite des investigations inutiles. En présence de valeurs très élevées, de symptômes d’hyperviscosité ou d’événements thrombotiques, l’évaluation doit être accélérée, sans attendre des intervalles prolongés.
4) Comment exclure une polyglobulie relative — hémoconcentration — en pratique ?
Il faut rechercher une déshydratation et l’utilisation de diurétiques par une anamnèse ciblée — vomissements/diarrhée, fièvre, sudation intense, perte pondérale rapide, faible apport hydrique —, des signes d’hypovolémie à l’examen — muqueuses sèches, hypotension orthostatique, tachycardie — et un profil biologique typique — ↑ Hb/Ht avec leucocytes et plaquettes normaux, parfois avec albumine/protéines élevées. En cas de suspicion, la cause doit être corrigée et l’hémogramme répété dans 2–4 semaines.
5) Quel est le rôle de l’érythropoïétine — EPO — dans la décision ?
L’érythropoïétine sérique est le principal « diviseur » de l’algorithme. Une EPO subnormale suggère une érythrocytose primaire — souvent une polyglobulie de Vaquez — et justifie une investigation moléculaire — JAK2. Une EPO normale/élevée oriente vers une érythrocytose secondaire, la priorité étant l’évaluation de l’hypoxie et des causes dépendantes de l’EPO — tumeurs rénales/hépatiques, médicaments, EPO exogène.
6) Dans quelles situations faut-il suspecter une polyglobulie de Vaquez ?
Une polyglobulie de Vaquez doit être suspectée devant une Hb/Ht durablement élevée, surtout lorsqu’il existe des signes/symptômes associés tels que prurit aquagénique, pléthore, céphalées, événements thrombotiques ou splénomégalie. Les arguments biologiques de soutien incluent une leucocytose, une thrombocytose, une ferritine basse — carence en fer associée — et, fréquemment, une EPO diminuée. L’algorithme oriente vers la confirmation par JAK2 et l’évaluation en Hématologie.
7) Quels tests demander lorsque l’EPO est basse ?
Devant une EPO subnormale, l’étape suivante consiste à rechercher JAK2 V617F. Si ce test est négatif, il faut rechercher JAK2 exon 12. Dans les cas de forte suspicion avec tests négatifs, la décision concernant une biopsie/évaluation médullaire et le diagnostic différentiel d’autres néoplasies myéloprolifératives doit être conduite en consultation d’Hématologie.
8) Comment évaluer l’hypoxie de façon structurée ?
L’évaluation doit inclure la SpO₂ au repos — des valeurs <92–94 % sont évocatrices d’une hypoxie cliniquement pertinente —, mais une SpO₂ normale n’exclut pas une hypoxie intermittente. Une anamnèse ciblée doit rechercher une BPCO, une maladie interstitielle, une cardiopathie congénitale, l’altitude et le tabagisme. En cas de suspicion de syndrome d’apnées obstructives du sommeil — ronflements, apnées observées, somnolence diurne —, une oxymétrie nocturne et/ou une polysomnographie sont recommandées. Chez les grands fumeurs, il faut envisager la carboxyhémoglobine ; en cas de suspicion de maladie pulmonaire, une gazométrie artérielle et des explorations fonctionnelles respiratoires peuvent être utiles.
9) Quelles sont les causes dépendantes de l’EPO les plus pertinentes ?
Lorsque l’EPO est élevée et qu’il n’existe pas d’hypoxie évidente, il faut envisager des causes de production inappropriée d’EPO, notamment des tumeurs rénales et hépatiques — par exemple carcinome rénal, carcinome hépatocellulaire — et, plus rarement, d’autres néoplasies. Il faut également rechercher une EPO exogène, la testostérone/les anabolisants et d’autres expositions associées à une érythrocytose. L’algorithme aide à décider quand poursuivre par imagerie et orientation spécialisée.
10) Quels médicaments peuvent provoquer une érythrocytose ?
Les médicaments les plus classiques sont la testostérone et les autres androgènes/anabolisants, ainsi que l’érythropoïétine exogène. Chez certains patients, une augmentation de l’Hb/Ht peut être observée avec des traitements tels que les inhibiteurs du SGLT2 — mécanisme multifactoriel. Lorsque la chronologie est évocatrice, une suspension/un ajustement doit être envisagé selon le rapport bénéfice-risque et le contexte clinique.
11) Quand faut-il orienter vers l’Hématologie ?
L’orientation est recommandée lorsqu’il existe une suspicion de polyglobulie de Vaquez — en particulier avec EPO basse, JAK2 positif ou signes cliniques évocateurs —, lorsque l’érythrocytose persiste sans cause secondaire identifiable, ou lorsqu’une érythrocytose idiopathique/héréditaire est suspectée — jeune âge, antécédents familiaux, EPO normale/élevée, bilan secondaire négatif. Elle doit également être envisagée en cas de thrombose, de symptômes d’hyperviscosité ou de nécessité d’une décision thérapeutique spécifique.